Pauvre Montesquieu. Lui qui cherchait juste en bon juriste à se protéger du censeur royal qui aurait bien voulu l’accuser de salir le Roi et la Religion, le voilà matraqué pour l’éternité par des générations de censeurs bien pensants.
Cette citation est tronquée comme si souvent. Dans ’De l’esprit des lois’, Livre XV, Chapitre 5, Montesquieu commence par ’si j’avais à soutenir [l’esclavage], voici ce que je dirais....[le passage cité] ...on peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui, chez les Egyptiens, les meilleurs philosophes du monde, étaient d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains’.
Montesquieu cite en long et en large les Romains dans De l’esprit des lois, parfois les Grecs, mais jamais les Egyptiens, ce qui fait penser qu’il n’avait guère d’estime pour leurs capacités de réflexion, et on ne peut guère supposer qu’il était favorable à la mise à mort des personnes aux cheveux roux.
Sur la base de ce genre de réflexion, la plupart des commentateurs tombent d’accord pour penser que Montesquieu, qui écrivait sous un régime absolutiste et religieux, utilisait l’ironie pour dire le contraire de ce qu’il pensait et qu’il énonçait des absurdités évidentes pour convaincre le lecteur que l’esclavage est indéfendable. Mais vis à vis de la censure, rien de ce qu’il disait ne pouvait être condamné. C’est la force de l’ironie, mais encore faut il être capable de la comprendre quand on lit ce genre de texte sous un régime de liberté d’expression.
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