Honduras : témoignages non journalistiques

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Nous reproduisons un extrait de la correspondance que nous avons eu avec deux amis actuellement à Tegucigalpa. Le premier témoignage est celui d’un ami hondurien retourné au Honduras en décembre dernier.
Le second est celui d’un canadien qui est en voyage là bas depuis quelques temps.

Tout cela pour avoir une autre température que celle des articles de journaux. Toute information sensible à propos de l’identité de nos amis sur place a bien évidemment été enlevée ou modifiée.

Témoignage de l’ami hondurien retourné dans sont pays

Mille fois désolé de ne vous écrire que maintenant pour vous donner des nouvelles du Honduras !! J’ai mis du temps car je voulais d’abord sortir du choc et de l’atmosphère de peur dans laquelle je suis entré en arrivant. En effet je suis arrivé peu de temps avant le 22 décembre, le jour de la mort du jeune photographe mentionné dans l’article (cf "Le prix Nobel de la Paix et les escadrons de la mort").

Oui !! Le crime organisé est une réalité et le fait d’arriver et tout de suite me confronter à cela, de parler avec des gens qui connaissaient ce jeune et qui sont membres de la Résistance, qui étaient très touchés et qui se demandaient qui serait le ou la suivante, ont fait que je n’étais pas prêt ni émotionnellement parlant, ni logistiquement parlant (utiliser internet sans danger) pour vous écrire ! Pour vous dire, j’ai eu du mal à sortir dans les rues seul et à me réhabituer à mon pays car les rues sont remplies de policiers et la violence a bien augmenté.

Mais tout a un temps et un espace, et maintenant je suis plus détendu, plus adapté. J’attends de pouvoir faire avec un ami la transmission par internet de manière plus sûre, à partir de cela je pourrais vous envoyer des mails avec des infos intéressantes. Je compte vous envoyer, dès que je le peux, une analyse que j’ai reçu concernant la prise de pouvoir de la nouvelle marionnette ayant une étiquette de président (soit disant démocratique).

Pour vous dire un peu plus aujourd’hui, un truc grave c’est l’impunité pour les politiciens qui va être votée bientôt avec la prise de pouvoir. Ce n’est pas possible, mais quelque chose de positif c’est la visite de ce fameux avocats espagnol dans le pays.

Je vous en dirais plus dès que possible.

Discussion avec un ami canadien en voyage à Tegucigalpa

Comment ça se passe pour vous ? Jusqu’à quel niveau êtes-vous fliqués ?

Dans la vie de tous les jours, à mon niveau, la répression n’est pas apparente. On ne voit plus des régiments entiers de militaires dans les rues par exemple. Comme toujours c’est plus subtil que ce à quoi on s’attend. Ne pas oublier qui est aux commandes ; Billy Joya (cf. "Le Bataillon 14+5 de Romeo Vásquez Velásquez"). Pas un Mickey le bonhomme ! Il a notamment réussi à "tenir" le Honduras pendant ces années de braises que furent les 80’ au Salvador et Nicaragua voisins.

En fait d’escadrons de la mort, ce sont surtout des couples de motards encagoulés-armés-jusqu’aux-dents qui sèment la terreur. Pas forcément des gros bras des forces spéciales de l’armée ou de la police. Il faut savoir qu’ici tu peux "louer" les services de tueurs à gages pour 15 ou 20 €. Et c’est une économie en plein boum dont se régalent notamment les torchons locaux (Heraldo et La Tribuna en tête).

Les escadrons se servant de SMS pour lancer leurs menaces je suppose que les opérateurs doivent leur fournir des numéros. Quid d’internet ?

Pour ce qui est des SMS de menaces, c’est tout à fait vrai. Ca a commencé au mois de juillet, au début de la crise, comme tu l’avais si bien dénoncé à l’époque dans un de tes articles (cf. "Des SMS de propagande émis par l’opérateur TIGO").

Les opérateurs locaux, TIGO, Claro et Digicel (cf "Qui appuie Micheletti et le gouvernement de facto ?"), ont d’abord arrosé tous leurs abonnés de messages pro-golpista. Ils ont embrayé pendant la "campagne" ayant précédé les "élections" du 29 novembre, avec des "mensajitos" mettant une grosse pression et culpabilisant ceux qui pensaient boycotter ce piège à cons.
Personnellement j’estime que chercher à démontrer la complicité de ces boites de télécommunication avec l’équipée Micheletti est une perte de temps. Ca ne fait pas le moindre doute.

Pour ce qui est de l’info, je m’approvisionne essentiellement auprès de 2 amis bien remontés, établis ici depuis belle lurette, et du collectif de cinéastes (Gremio de cineastas) qui réalise un excellent boulot depuis le début de la crise. Je croise également des étudiants de l’UNAH, l’université nationale. Certains ont déjà de quoi écrire des bouquins sur ce qu’ils ont vécu à travers ce coup d’État.

Enfin, autant que je le peux, je participe à de gros rassemblements. Un des problèmes me concernant c’est qu’en tant qu’étranger c’est l’expulsion à la façon de votre ministre Besson qui me pend au nez. Quitte à rater pas mal d’infos et d’évènements, je reste donc sur mes gardes. Ce qui évidemment ne signifie pas que je cesse de réfléchir (manquerait plus que ça).