Honduras : Les palmiers ensanglantés (interview)

par Giorgio Trucchi
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Des organisations paysannes continuent le processus de récupération des terres usurpées par les producteurs de palmier à huile. Interview de Yony Rivas et Rudy Hernández, membres du MUCA.

Au conflit dans la propriété de Palo Alto en Colombie, s’ajoute maintenant une autre situation de violence impliquant des plantations de palmier à huile. Depuis le Honduras, on nous informe que plus de 20 000 hectares semés de palmiers africains dans la région du Bas Aguán, dans la région atlantique-nord du Honduras, sont la scène d’un des nombreux conflits agraires qui affligent le pays. L’ex-président constitutionnel Manuel Zelaya Rosales avait essayé de trouver une solution en appuyant le décret législatif 18-2008 sur la réforme agraire, et à travers des négociations divisées en trois entre les organisations paysannes, les entrepreneurs et l’Institut National Agraire (INA).

Le coup d’État a paralysé et il a fait reculer les avances obtenues durant les dernières années. Le Mouvement Unifié Campesino de l’Aguán (MUCA), affilié à la Centrale Nationale de Travailleurs Ruraux (CNTC), a repris la lutte pour la récupération des terres usurpées par les entrepreneurs putschistes.

Avec l’appui solidaire de la Résistance, les membres du MUCA ont commencé la récupération de ces 20 000 hectares et elles ont été des victimes de trois évacuations violentes par l’armée et la police, qui se sont soldées par plusieurs blessés.

Malgré la répression systématique, le MUCA continue fermement à défendre ses droits sur les terres en conflit, dénonçant en même temps les violations continues aux droits du travail des travailleurs des plantations de palmier à huile, et la situation de pauvreté extrême dans laquelle vit la population de la zone. Population à laquelle les entrepreneurs Miguel Facussé, René Morales et Reynaldo Canales ont vanté le fait que cette monoculture allait résoudre tous ses problèmes.

Sirel s’est entretenu sur cette situation avec Yony Rivas et Rudy Hernández, membres du MUCA.

Il y a quelques jours il y a eu une autre évacuation violente. Comment est-elle arrivé ?

YR : Devant la paralysie des négociations à la suite du coup d’État, le 9 décembre passé nous décidons de reprendre la lutte pour récupérer les terres qui nous appartiennent dans les marges une droite et une gauche de la rivière Aguán. Nous avons été violemment délogés le 8 janvier, tandis que 14 du même mois décidons d’abandonner le lieu avant l’arrivée de la Police pour éviter un bain de sang.

Cependant, nous continuons à projeter de nouvelles actions et le 27 janvier, profitant que toute l’attention était focalisée sur l’investiture du président Porfirio Lobo Sosa, nous avons recommencé à reprendre la terre.

Quelques heures après la police est arrivée et nous a sauvagement réprimés. Quatre compagnons ont été blessés par balle et l’un d’eux, Marco Antonio Estrada, touché à la tête, est dans un état très grave.

Nous vivons sous un régime qui répond aux intérêts de l’oligarchie. Nous avons tous les documents qui légalement nous donnent des droits sur cette terre usurpée par les entrepreneurs Miguel Facussé, René Morales et Reynaldo Canales. Un total de 20 000 hectares, actuellement planté de palmiers à huile en quasi totalité.

Dans quelles conditions vit la population dans ces zones ?

RH : Il y a beaucoup de chômage, la pauvreté chronique et la famine sévit, ces urgences nous obligent à lutter pour récupérer nos terres et aussi pour mettre en application des projets de production alimentaire. Quand ces terres étaient aux paysans, plus de 60% servait à produire des céréale classiques, tandis qu’une partie était semée de palmiers à huile pour gagner de l’argent avec et pour satisfaire d’autres nécessités. Maintenant, la production de céréales a quasiment disparu.

Sur l’acte de donation au Honduras d’une usine pour raffiner de l’huile de palmier, le président colombien, Álvaro Uribe, a parlé de la possibilité que les petits producteurs s’associent avec les grands entrepreneurs pour qu’ils les aident avec les semences, le payement et la formation. Est-ce quelque-chose de réel au Honduras ?

RH : C’est une chose impossible. Il y a années, les coopératives de cette zone étaient réunies dans la Coapalma, une entreprise paysanne qui à ce moment là était l’unique unité de production d’huile de palme.

Quand la terre de 28 coopératives est passé aux mains des grands entrepreneurs ils ont construit leurs usines, et dans leur volonté d’accaparer tout le marché ils ont fait monter les prix pour que les petits producteurs arrêtent de vendre leur production à la Coapalma. L’entreprise paysanne a été à deux doigts de faire faillite.

Dans toute la zone les liquidités ont radicalement diminué, les gens ont commencé à travailler comme journaliers dans les plantations et nous n’avons jamais vu la croissance qu’ils avaient promise. C’est plutôt le chômage et le sous-emploi qui ont augmenté, la faim et le désespoir, parce que maintenant l’argent que touchent les travailleurs ne leur permet pas d’acheter assez de nourriture.

Ce type de production génère de la richesse uniquement pour les grands entrepreneurs, et c’est mensonge de dire qu’ils vont faire alliance avec les pauvres, parce que leur objectif est de tout accaparer.

C’est pourquoi nous devons récupérer nos terres, et bien que dans le passé la peur de la répression ait paralysé beaucoup de gens, maintenant le peuple s’est éveillé et nous savons que nous devons recommencer à avoir le contrôle sur les moyens de production.

Quand nous regardons la terre, nous ne regardons pas le palmier, mais la terre elle-même, pour la travailler avec nos familles et ainsi recommencer à reprendre confiance. Il est nécessaire qu’à côté du palmier se développent des projets qui nous sortiront de la crise alimentaire. C’est pourquoi nous n’allons pas arrêter notre lutte.

Comment sont les conditions de travail dans les plantations de palmier ?

YR : Il y a une situation de grande exploitation. Presque tous les travailleurs sont des journaliers qui ne jouissent d’aucun droit, ni des prestations sociales. Ils gagnent en moyenne 5.5 dollars par jour et leur salaire est en dessous du salaire minimum national que le président Manuel Zelaya avait augmenté par décret.

Ils travaillent de 5 heures du matin à une heure de l’après-midi en accomplissant des travaux très lourds et sans aucune garantie de pouvoir conserver leur travail.

Dans mon cas, j’ai une soeur qui a travaillé trois ans à l’usine d’extraction, propriété de l’entrepreneur Miguel Facussé. Quand ils se sont aperçus qu’elle était sympathisante des mouvements de récupération de terre, ils l’ont jetée sans lui payer ce qu’ils lui devaient.

Dernièrement on a vu tellement de cas pour lesquels, afin d’éviter de payer ce qui est dû et les cotisations sociales, les entrepreneurs engagent un permanent pour qu’il paie les autres travailleurs qui, de cette manière, se retrouvent sans aucun type de protection. Comme cela se fait en Colombie.

Quelles actions comptez-vous faire prochainement ?

YR : Nous sommes prêts à reprendre la négociation qui s’est arrêtée à la suite du coup d’État. Cependant, s’il n’y a pas la volonté de la reprendre du côté gouvernement, nous sommes disposés à continuer la lutte pour la récupération de nos terres.

Source : Rel Uita Palma ensangrentada
Traduction : Primitivi


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