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MARGES DE MANOEUVRE

vendredi 4 mai 2018, par Primitivi

Rentré vendredi soir dernier, voici un rappel de la campagne helloasso et un récit du tournage

Marge de Manœuvre un film sur la situation des migrants et la lutte qui s’organisent en Tunisie pour la libre circulation des personnes.

20 jours de mer pour ressentir l’étendu et le danger de cette frontière 17 jours sur terre pour rencontrer, débattre avec les personnes sur le terrain et engagées dans les luttes en Tunisie.

Le financement

La campagne n’est pas fini, il nous reste seulement 10 jours. Nous espérons toujours réunir la somme de 6000 euro pour pouvoir terminer le film, éditer des DVD et réaliser un événement avec
les personnes rencontré en Tunisie.
Nous avons atteint 2155 euro, cette somme nous permettra de rembourser les frais liés au trajet. Merci donc à toutes les personnes qui ont participé. Nous lançons ainsi un dernier appel pour atteindre la somme de 6000 euros !
La plupart des gens travaille de façon bénévole, cela nous permet d’assurer un minimum matériel et parfois un salaire à certain.

Le travail de montage, de traduction, de post production va être considérable apporter votre contribution à ce projet c’est permettre à des gens de travailler dans de meilleurs conditions.

https://www.helloasso.com/associations/primitivi/collectes/primitivi-en-mer-1

Le récit du tournage

Au départ, la vie sur le bateau, la navigation ont largement pris le pas. C’était notre réalité du moment, il fallait être présent là, tout de suite, pour assurer une vie sur le bateau confortable à tout le monde. Très rapidement, la mer, sa physique particulièrement mouvante nous a chahuté à l’intérieur. Nos corps si peu habitué au mouvement continu ont eux aussi par moment, parfois longtemps, pris le pas sur le reste. Incapable de bouger, de parler, le mal de mer nous a surpris et remis à notre place. Nous, pour la plupart pas vraiment des marins aguerris. Si la météo n’a pas été tellement dangereuse, plusieurs heures de houles d’affilées rongeaient sérieusement le moral. Nous étions donc tous pris par la rencontre entre nos corps et cette organisme qu’est la mer. Alors il s’agissait aussi de manger, de se déplacer, manoeuvrer, virer de bord, dormir. Les 8 premières personnes à prendre la mer ont ainsi enclenché une vie collective, sans trop se connaître entre eux-elles, d’une cinquantaine de jours pour les deux qui feront l’ensemble du voyage. Sur ce premier temps du voyage, nous avons donc plutôt filmé les temps du bateau comme l’expérimentation d’une vie à plusieurs dans un habitacle restreint. Etant pas moins malade que les autres, il était parfois difficile de s’y mettre. On se retrouvait donc sur un bateau, Albatros II, pour se rencontrer, se mettre d’autres idées et histoires dans la tête. Mais les discussions sur la liberté de circulation ne pouvait pas émerger à ce moment-là, seul.es en mer sans confrontation avec celles et ceux qui veulent partir. La seule chose que l’on savait sur ces rencontres, c’est ce pourquoi Lounapo est allé en Tunisie, réaliser des ateliers de sécurité en mer avec Albatros II.

Notre rapport à la mer, le récit de notre venue nous a rapprocher des personnes que nous avons rencontré. Etre arrivé par la mer nous donnait une forme de légitimité pour parler de la méditerranée et ce qu’elle avait pu créer en nous pendant ces quinze jours de traversée.

L’arrivée à Zarzis a marqué le début de quelque chose d’autre. Les corps s’habituent vite à retrouver la terre et si la tête est rudement mise à l’ épreuve en mer, les rencontres/discussions en Tunisie vont déclencher des séries tâtonnantes de questions/réponses qui n’ont pas fini de nous traverser.
A Zarzis, le temps était chronométré, des ateliers/débats sur la situation des pêcheurs à la frontière lybienne, du théâtre-forum (malheureusement annulé au dernier moment), une manifestation dans le port, une projection. Autant de moment qui apparaitront dans le film pour nourrir la réflexion sur la harraga, la traversée/le suicide en mer. Là bas partir, se dit Harraga qui veut littéralement dire mettre le feu, se mettre le feu. Tu pars car tu es déjà mort et partir c’est mourir encore une fois.
Tous ces premiers temps de rencontres viendront contextualiser la situation en Tunisie depuis le début des conflits en Lybie et la révolution en Tunisie.

Les premiers temps formels de rencontres avec l’association de pêcheurs de Zarzis, confronté régulièrement aux bateaux et personnes en détresse en mer, Alarmphone (Tunisie, Algérie, Maroc) la ligue pour le leadership et le développement en Afrique, le théâtre-forum de Tunis et des habitants de Zarzis sont des temps que nous avons pu filmer mais qui nous ont aussi permis une fois arrivé à Tunis (sans et avant le bateau) de poursuivre le tournage dans une dynamique plus proche de la déambulation à la découverte de Tunis et des retrouvailles avec les personnes rencontrées à Zarzis.

Le 21 avril, sur le toit d’un café, ce sont nos derniers moments à Tunis et avec Asa, Farah, Balkis et Ramy. On revient sur la création d’Alarmphone, la situation des personnes voulant faire la Harraga, les accords binationaux entre la Tunisie et l’Italie ou avec la Lybie.

« Tout les jours il y a des jeunes qui sont entrain de mourir dans la méditerranée et le problème dans la société c’est que l’on s’habitue à ça : le premier jour on est choqué, le deuxième jour un peu moins et le troisième jour on s’en fout ! Le problème c’est que les gens entendent mais n’écoutent pas ». Asa

« Une fois qu’on a l’appel des personnes en détresse en méditerranée, on préfère dire personne en détresse parce qu’on ne veut pas faire la distinction entre réfugiés et migrants parce que pour nous, la liberté de circulation, c’est un droit pour tous et non pas pour des personnes qui correspondent à des critères, on localise ces personnes là et on essaye de faire pression pour que les gardes côtes fassent le sauvetage ». Asa

« Si l’on prend deux jeune du même age, qui ont le même parcours de vie mais de nationalité différente : L’européen aura le droit d’aller où il veut mais l’autre n’aura pas le droit d’aller où il voulait et ça c’est la différence, c’est un droit la libre circulation, on peut pas accepter ce système. Et quand on parle de libre circulation il n’y a pas de différence entre migrant économique et réfugié, le fait de choisir de partir de revenir ça devrait être un droit, ça devrait pas être un privilège. ». Asa

Ozaier et Jamel que nous avons rencontré à Zarzis sont deux comédiens professionnels qui travaillent depuis près de 9 ans avec le théâtre-forum comme outil de sensibilisation au « droit naturel de liberté de circulation » avec des gens jouant des formes d’oppressions du quotidien pouvant mener à la Harraga.

« Je parlerai d’abord de la découverte du théâtre forum, avant la révolution je ne connaissais pas cette école de théâtre fondé par Augusto Boal qui a crée ce genre de théâtre de l’opprimé.. j’ai travaillé sur la Harrage, comment ils choisissent de mourir dans la mer au lieu de rester en vie, et voulu savoir les oppressions qui les mènent à cette fin merdique qu’ils choisissent par leur propre volonté ». Jamel

Accompagné de Ozaier et Jamel, nous avons rencontré des personnes tunisiennes, ivoiriennes, centre-africaines avec qui nous avons régulièrement échangé sur nos vies respectives, notre venue en bateau, leur situation en Tunisie, pourquoi et comment continuer à tisser des liens. Avec Ozaier et Jamel nous avons déambulé dans leurs quartiers, nous nous sommes assis aux terrasses des cafés, sur les toits de Tunis et de la Medina, discuté de l’organisation et des liens entre ONG et activistes.
Et il y avait cette terrasse, chez Ozaier, qui était devenu un lieu de discussion. C’était pour nous une leçon de cinéma : utiliser la caméra comme un outil qui allait engendrer de la parole et du récit. L’importance ce n’était plus de bien filmer, ou de prendre ce que nous avions besoin mais de créer un espace où chacun regarderait l’autre en lui demandant c’est quoi ta réalité. Nous étions tellement pris au jeu que des moments très beaux où nous étions devenu les interviewés, nous ont échappé et ne sont pas dans la boite. Mais le plus important était là, ils avaient pris la caméra dans les mains, nous étions plus à notre place de filmeur mais pris dans un débat où chacun avait une place d’égale à égale. Dans cette espace, cette terrasse qui reviendra à plusieurs reprises dans le film, très vite nous partagions cette situation absurde, dans laquelle nous voyons nos désirs de voyages, de circuler librement, identiques bloqué pour certain.es.

« Le noir, il a le prix de son loyer, le noir il a le prix de sa facture, en tout cas le noir tout ce qu’il veut acheter c’est un peu plus cher, mais ils (les gouvernements) ne sont pas réglo avec nous en fait, donc du coup ça pousse l’homme à avoir plus de soucis, ça s’accumule, ça chauffe la tête, d’autres vont sur Lampedusa, se donne à la mort parce qu’ils n’ont pas de circuit, ils ne peuvent pas retourner, ils ne peuvent pas avancer... ». Kader

Le tournage a donc été porté par des rencontres. Une rencontre en amenant une autre, un fil se tissait pour nous de jour en jour. Les paroles ont finalement traduit une volonté forte de se retrouver, de multiplier ces temps de rencontres, uniques moments où face à des politiques migratoires inhumaines, on retrouve une sensation de maîtrise, de prise sur le réel. Nous avons parlé de dignité, de droit de circuler librement. Ce film est donc une première tentative de soutenir les solidarités en Méditerranée, agir pour se libérer des frontières !

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