Accueil > infos > …Jusqu’au bout du monde > Amérique Latine > Le destin de l’Amérique Latine se joue (...)

Le destin de l’Amérique Latine se joue maintenant au Honduras

par Bruno Lima Rocha

mardi 6 octobre 2009, par Primitivi

Dans les lignes suivantes je pointe quelques réflexions commencées à la chaleur des heures qui suivent le retour de Zelaya sur le sol hondurien. J’ai continué d’observer et de prendre des notes les jours suivants, quand l’ambassade du Brésil s’est fait l’épicentre du tremblement de terre politique de l’Amérique Centrale. J’aborde le sujet à partir d’un angle différent de celui de la vision majoritaire. Je cherche, à travers le président renversé, de trouver les protagonistes organisés dans les organismes de base et dans le Front National de Résistance.

Dernière mise à jour (8 oct 07h30) visible ici : Le Honduras : Vers les profondeurs d’une révolution originale ?

Trois coups en sept ans : l’Empire en a perdu deux et il court le risque d’en perdre un de plus

Dans les sept dernières années, trois tentatives de coup d’état ont été pratiquées par une oligarchie latino-américaine coordonnée, avec une participation active, de manière officielle ou non, des États-Unis à travers le Département d’État, le Commandement Sud et les agences comme la CIA et la DEA.
Le premier a été exécuté au Venezuela, en avril 2002, en enfermant Hugo Chávez dans le Palais Miraflores et entrainant une levée populaire, avec Caracas sur le pied de guerre et des forces armées divisées. Chávez est revenu au pouvoir, a battu les efflanqués et a approfondi son style de gouvernement. Après la victoire contre les putschistes et l’échec de la droite après le lock out pétrolier, le peuple des quartiers et des favelas est passé à l’offensive, en forçant depuis le gouvernement à approfondir le processus de distribution des revenus et des rentes.

Le second s’est passée en Bolivie, en septembre 2008, à travers de l’oligarchie de la Media Luna (le Croissant). A cette occasion, le masque est tombé et l’un des leaders de l’oligarchie cruceña est devenu public.
Il s’agit du trafiquant (notoire) de drogues et du propriétaire d’un latifundio de soya, Branko Gora Marinkovitch Jovicevic [NDT : Il est à la tête du groupe FULIDE, FULIDE a la caractéristique d’exhiber des svastikas dans ses manifestations, voir ici] ; né en Bolivie, fils de pro-nazis croates et formé à l’Université du Texas. Le président de l’époque du Comité Civique de Santa Cruz, a promu une rébellion de droite en prêchant la sécession du pays "productif" contre les "bornés" du haut plateau. L’aventure s’est terminée dans le Massacre de Pando et dans les cercles stratégiques des colonnes populaires de quelques capitales séparatistes.
Le gouvernement de l’aymará Evo Morales s’est maintenu grâce à sa capacité de réponse, dès que deux colonnes de paysans et de mineurs encerclaient la capitale de la sécession, Santa Cruz de la Sierra. La terre de Túpac Katari et d’Inti Peredo qui avaient quasiment vécu la dernière guerre de libération anti-coloniale. Cette fois ne se sont pas rendues et la légalité républicaine survit depuis ce temps-là.

Dans la troisième tentative, à travers des forces armées entraînées et sous l’influence des dogmes de l’École des Amériques, les pleins pouvoirs honduriens ont démoli le président élu. Cela n’a pas été un putsch comme ceux de la période de la Guerre Froide et il ne se ressemble pas même à l’autoputsch du nipo-Péruvien Alberto Fujimori, en avril 1992. José Manuel Zelaya Rosales a été démoli par un putsch civil et militaire le 28 juin de cette année. Juste le dimanche, le lendemain du jour où une consultation était convoquée au sujet de la nécessité ou non d’une Assemblée Nationale Constituante, le président élu par le Parti Libéral de l’Honduras (PLH), a été séquestré dans sa résidence, considéré comme prisonnier et expulsé manu militari au Costa Rica. À partir de ce jour jusqu’à son retour au pays le 22/09, Zelaya a pratiqué une activité diplomatique intense, remplie d’alliances ponctuelles et de doubles discours. La motivation factice des oligarques bananiers habituels au Honduras est la légalité constitutionnelle.

Il semble qu’ils s’inspirent de la possibilité de répéter l’année 1955 en Argentine. Quand Juan Domingo Perón a été démoli à travers un putsch (des gorilles, des libéraux, des socialistes et des communistes pro-Moscou) commencé le 16 septembre, le peronismo/justicialismo est resté interdit de participer – au moins dans son intégralité – aux élections suivantes. Si Zelaya ne revenait pas, ce serait la ligne adoptée par le président conjuré Roberto Micheletti, par le tortionnaire général Romeo Vásquez (l’ex-chef de l’État-Major Conjoint des Forces Armées Honduriennes, destitué quelques jours avant le putsch) et un gouvernement extérieur en parallèle commandé par les ultraconservateurs yankees retranchés au sein du Département d’État et dans le Commandement Sud.

Au Honduras, il y a une bombe à retardement mise en marche

Il y a des moments dans la trajectoire d’un pays pour lequel la prise de décision est fondamentale. Dans le cas du Honduras, suivant toute considération et en plus de toutes les alliances et manoeuvres diplomatiques réalisées par le président déposé José Manuel Zelaya Rosales, il y a un facteur stratégique. Ce facteur a un nom et s’appelle courir les risques. Si le leadership du président constitutionnel voulait se maintenir légitime, le latifundiste en leader populaire aurait à lutter, à se mettre sur une droite ligne et à risquer sa vie. Le pays a souffert d’un putsch à travers une armée fidèle et loyale à l’École des Amériques qui l’a entraîné, et subordonné aux pleins pouvoirs institués sous le contrôle de l’oligarchie locale. C’est le type de troupe qui ne joue pas et qui ne se repent pas. Tout coup d’État est synonyme d’une violence et d’un danger. Pour récupérer les parties de ce pouvoir, il fallait jouer avec toutes les possibilités, incluant également celle de la vie. Et, Zelaya, quand il a traversé la frontière et qu’il s’est réfugié dans l’ambassade brésilienne dans Tegucigalpa, a pris sur lui cette charge.

Beaucoup d’analystes doutaient de la capacité du politicien de carrière du Parti Libéral du Honduras (PLH) d’accepter le défi imposé. Les deux premières tentatives de retourner au pays, sans même passer la frontière avec le Nicaragua ont renforcé ce point de vue. J’avoue que j’étais aussi sceptique. Un détail, cela ne transforme pas José Manuel en José Martí ou José Gervasio ni en rien de pareil. Il est le dernier espoir d’un processus de distribution d’un peu de rente et de richesse et d’un développement capitaliste partiellement autonome. _ À sa gauche, au sein du Front National de la Résistance il a des gens très sérieux, qui se battent fort et qui voient loin, en allant au-delà des horizons de la démocratie libérale-bourgeoise, en pointant vers des objectifs finaux de type démocratie directe et d’insubordination du pays au commerce comme plateforme d’exportation primaire pour les États-Unis. Elle a été cette parcelle Hondurienne qui a obligé Zelaya à se déplacer. Et plus surprenant encore, ce qui a été écris, il l’a dit.

Dans des situations limites, la qualité du leadership politique implique aussi sa pré-disposition personnelle à jouer fort et à passer dans les parcelles grises des structures et des alliances internationales et continentales.

N’ayons pas d’illusions, personne ne fait de politique en exil sans infrastructure, sans recours et sans sécurité individuelle. Etant donné la provenance des militaires honduriens, la possibilité d’être assassiné était et est toujours une constante. Si l’assassinat est annoncé ouvertement et publiquement dans les médias oligarchiques du Venezuela, qu’est-il dit dans les ombres des fenêtres au fond des chambres d’hôtel et dans les maisons d’appuis dans les zones frontalières.
L’ancien président profite des épuisements de la confiance, et avec certitude de bons contacts entre les officiers militaires de son pays. Et encore, pour traverser la frontière d’un petit pays extrêmement surveillé, il a dû y avoir une défection et des erreurs entre les secteurs militaires.

Pendant les quatre-vingt-six jours qu’il est allé en pèlerinage par l’Amérique centrale et en allant aux forums diplomatiques adéquats, Zelaya a disposé d’une logistique et d’un appareil d’intelligence opérant pour lui. Dans le cas contraire, il ne serait plus en vie.

Un ancien président renversé passe par des difficultés, et tout appareil politique – encore plus en exil – coûte cher. Sans infrastructure et sans recours, on ne fait plus rien que de témoigner de la décadence d’un projet politique. Ce ne fut pas l’alternative de Zelaya, vu la vitesse avec laquelle il a bougé. Les pays du Continent jouent avec la possibilité de freiner la tentative de contre-offensive des États-unis. Et l’épicentre est maintenant au Honduras. Cette constatation renforce la thèse de l’appui direct ou indirect des gouvernements et des administrations latino-américaines.

C’est certainement pour cela qu’ il a disposé de divers alliés, qui souvent se disputent le leadership dans la même région. Tel, il est, le cas entre le Brésil (finalement !) et le Venezuela, qui donnait déjà un soutien au gouvernement de Mel à partir des négociations du prix du baril de pétrole et dans des opérations de type les coeurs et les esprits, comme l’Opération Miracle, où les personnes âgées ont été opérées gratuitement (comme cela devrait être) de cataracte et d’autres maladies guérissables des yeux.

Mais, dans ce bref exil le président renversé a dû être habile avec les règles de la politique traditionnelle. En oscillant entre les groupes, Zelaya joue un peu comme franc - tireur de la politique, bien qu’il parraisse plus bouffon que ce qu’il est. D’abord il a signalé être favorable à l’Accord de San José, coordonné par le président du Costa Rica, Oscar Arias. Dans ce texte il était établi, l’amnistie pour les putschistes et l’abandon de la convocation à une Assemblée Constituante.
Si cet accord honteux était signé alors la porte resterait ouverte pour une série de putschs institutionnels ou des possibilités juridiques "déstituantes" des gouvernements élus. Heureusement, après l’annonce de M. Des arias, Zelaya a vociféré être contre le texte et contre le "consensus" – dont le prix était d’essayer de "pacifier" la résistance - pour le retour.(à la normale).

Ce qui est nouveau c’est la réaction du président destitué. La majorité des fois, les leaders de tradition oligarchique, qui bénéficient encore d’un appui populaire, ne risquent pas la désintégration de l’ordre social pour récupérer une parcelle du pouvoir politique. Tel a été le cas de l’ancien président brésilien déposé João Goulart, par exemple. Avant la possibilité de sécession des forces armées et de guerre civile pour une défense de son gouvernement et du processus démocratique - libéral, Jango a fait profil bas et n’a pas actionné la chaîne de commandement des militaires qui lui étaient encore loyaux. Nous n’avons pas eu de “guerre civile“ au Brésil, mais il cela s’est payé, le prix fut de plus de quarante mille torturés, détenus politiques, disparus et vingt-et-un ans de dictature.
Le prix a été élevé pour maintenir pour maintenir l’ordre social au un détriment de l’ordre politique. Restons attentifs, parce que ce type de manoeuvre peut encore arriver avec Zelaya. Bien que, soyons justes, chaque jour qui passe réduit les marges pour prendre ce type de décision.

Qui est-ce qui lutte au Honduras et commenr s’informer de cette épopée civique - populaire

Les multitudes ne me surprennent pas dans les rues de Tegucigalpa et d’autres villes honduriennes. Depuis le 28 juin je lis quotidiennement les médias alternatifs honduriens. En dépit de la désinformation, à travers laquelle nous passons, il est possible de traverser le blocus médiatique. D’un côté, j’ai accompagné le Front National de la Résistance à travers des médias alternatifs honduriens, comme le projet excellent Habla Honduras, ou dans les transmissions radio en ligne de la Radio Feminista ou de la Radio Liberada [NDT : nous n’avons pas réussi à remettre la main sur cette radio, l’ancien serveur est fermé]. Les photos, les vidéos et les transmissions radiophoniques ne laissent pas de doutes. Nous sommes face à une bagarre populaire ayant une dimension gigantesque pour les proportions du pays.

La demande primordiale des organismes et les organisations qui composent le Front National de Résistance Contre le Coup est la nouvelle constitution et la pulvérisation du pouvoir. Celui-ci se concentre dasn les mains de l’oligarchie hondurienne et dans celles de ses associées majoritaires, multinationales de minerais ou de fruits comme l’étasunienne Chiquita , ex-United Fruit.

Chávez, Lula et même Obama savent que Manuel Zelaya sait qu’il est assis sur une bombe à retardement. Miraculausement par un "miracle de Don Oscar Romero" [NDT : archevêque du San Salvador, d’abord conservateur qui s’est ensuite dressé contre la dictature, il a été assassiné en 1980], cette fois le Brésil et sa diplomatie se sont comportés à la hauteur de celui qui veut être leader dans la région. Ce pays, qui s’enorgueillit d’être neutre dans les conflits, a été celui qui a aidé à exporter la doctrine des frontières idéologiques, en envoyant des tortionnaires aux quatre coins du Continent, en plus d’avoir activement participé à l’Opération Condor.
On attend que la manière de recevoir le président renversé dans son ambassade de Tegucigalpa commence à changer des pratiques d’Itamarati (Ministre des Affaires étrangères du Brésil).

[NDT : la doctrine des frontière idéologiques, inspirée par les États-Unis, reprise par le Gal Juan Carlos Ongania en Argentine. Elle justifiait l’intervention militaire dans n’importe quel pays d’Amérique Latine où un gouvernement basculait à gauche, et constituant par conséquent, un "ennemi intérieur". C’est en fait une extension au niveau d’un continent entier de la notion de "guerre subversive" développée par la France à partir de la Bataille d’Alger et qui fut exportée vers l’Amérique à travers l’École des Amérique par des personnages comme le Gal Aussaresses. Voir pour cela le très bon documentaire Escadrons de la mort, l’école française]


Pour conclure

Le Honduras est proche d’un conflit sur une grande échelle, qui peut se développer en une rébellion populaire sans précédents. On attend que le peuple hondurien en général, et le Front National de la Résistance en particulier, soient préparés à une lutte sur le long terme. A court terme, battre les putschistes a une signification stratégique pour toute Amérique Latine.

Bruno Lima Rocha


Source : Aporrea, El destino de América se juega ahora en Honduras

Traduction : Primitivi

Tous droits réservés | Thème par Reno Primitivi | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0