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Les USA militarisent le Costa Rica

Une occupation sous couvert de "Plan Colombie"

dimanche 4 juillet 2010, par Primitivi

La flotte étasunienne est en mouvement, le Parlement du Costa Rica vient d’approuver un accord de gestion commune de la surveillances maritime costaricaine. Cela va encore étendre la présence militaire US en Amérique Latine, renforcer les pressions sur le Venezuela et Cuba.

Bref cela prend tout l’air d’une invasion en bonne et due forme sous couvert d’action anti-narcos. Comme on le préssentait les États-Unis sont en train de reprendre militairement en main le continent latino-américain. On peut également supposer que ce n’est malheureusement pas pour le meilleur.

(mise à jour du 5 juillet - 15h16) La présidente du Costa Rica, Laura Chinchilla défend l’initiative et indique qu’il ne s’agit pas de militariser le Costa Rica mais de conduire des opérations de garde-côte conjointement avec les États-Unis. En précision, les effectifs étasuniens déployés dans la zone pour une durée allant du 1er juillet au 31 décembre 2010 seront de 46 navires de guerre, 200 hélicoptères, 10 avions de combat Harriet, 7000 marines, s’ajouteront à cela tous les effectifs civils nécessaires dont les estimations sont pour le moment de 6000 personnes. Voir "le ton monte autour de la présidente"

Mise à jour 10/07/10 : nous publions la liste des navire US telle que diffusée dans les transcriptions des débats du Congrès costaricain : "Costa Rica : détails des listes des navires étasuniens"

mise à jour 11/07/10 : voir également l’article de Global Voice qui donne le point de vue de certains bloggeurs et indique différentes action en cours : pétition, lettre sur l’inconstitutionnalité de la mesure, groupe facebook. "Costa Rica : Au nom de la lutte anti-drogue, le Congrès approuve la présence militaire américaine"

Le Costa Rica ouvre la voie à la marine de guerre des États-Unis

Une quarantaine de navires de guerre, appuyés par près de 200 hélicoptères, 7000 marines et 6000 civils [1] patrouilleront les côtes costaricaines.

l’Assemblée Législative du Costa Rica vient d’approuver le fait de risquer la souveraineté costaricaine en accueillant sur son sol plus de sept mille militaires américains, qui arriveront dans les six prochains mois à bord de 46 navires de guerre venus pour "combattre le narcotrafic".

Le député du Parti du Front Etendu (PFA) José Marie Villalta avait tout d’abord soulevé le fait que le texte était inconstitutionnel du fait qu’il était basé sur un accord policier pour combattre le narcotrafic international, le député Luís Fishman, de l’Unité Sociale Chrétienne (PUSC) a appuyé cette approche et y a adhéré.

À la suite de la réponse évasive des représentants des partis pro-gouvernementaux Libération National (PLN), Mouvement Libertaire (ML) et des deux partis chrétiens, il a lui-même lancé une proposition pour casser le quorum et ne pas voter le décret, il a été suivi Villalta et d’autres députés du Parti Action Citoyenne (PAC) dont le Chef de Fraction Juan Carlos, Claudio Monge et Carmen Muñoz.

Mais quatre autres députés du PAC, Marie Eugenia Venegas, Gustavo Arias, Janette Ruiz et Manrique Oviedo, n’ont pas répondu à l’appel. Les députés du Parti Accessibilité Sans Exclusion (PASE) n’ont pas non plus donné suite à cette proposition.

La députée du PAC, Carmen Muñoz, a indiqué “qu’il y avait eu une proposition pour tenter de rompre le quorum, mais au PAC nous nous sommes divisé, une partie d’entre nous n’a pas suivi et nous n’avons pas réussi à bloquer le décret”.

“Nous avons décidé que chacun assumerait sa décision de façon personnelle ; naturellement nous étions dans une réunion plénière contre la décision, il n’y avait aucun doute là-dessus. C’est le mécanisme de pression qui n’a pas été partagé”, a-t-elle poursuivi.

Le député du PFA, José Marie Villalta, a déclaré que “l’Accord de Patrouille Commune permet l’arrivée de navires du Service des Garde-côte des États-Unis dans les eaux territoriales du Costa Rica, mais non de leurs navires de guerre, qui ne sont pas préparées pour combattre le narcotrafic mais plutôt pour d’autre type de conflits et des affrontements militaires”.

Le député Villalta Florez-Estrada affirme que l’on est en train de violer le pacte parce que le parlement a approuvé une clause dans laquelle il est dit que celui-ci s’applique “strictement aux aéronefs policiers et non pas militaires des États-Unis d’Amérique” [2].

Le PFA remet également en question les conditions dans lesquelles la mise en place cet accord est demandé, puisque le gouvernement des États-Unis insiste pour que le personnel militaire “puisse jouir de la liberté de mouvement et du droit de réaliser les activités qu’ils considèrent nécessaires dans déroulement de leur mission” [3], ce qui signifie selon Villalta “un chèque en blanc”.

“Nous leur donnons le droit de faire ce que bon leur semble sur le territoire du Costa Rica à chaque fois qu’ils considèrent que cela est nécessaire à l’accomplissement de leur mission. De plus le gouvernement du Costa Rica renonce à présenter toute réclamation pour dommage, perte ou destruction de propriété, ou pour les problèmes de blessures ou de mort du personnel engagé conjointement aux USA dans ces activités”, a-t-il ajouté.

Le PFA a également demandé de réfléchir sur le contexte géopolitique qui entoure cette demande, dans une région que les États-Unis considère comme faisant partie de son “aire d’influence” et où ils appliquent une stratégie de “domination complète du spectre”, incluant des actions offensives comme le coup d’État au Honduras, l’installation de bases militaires en Colombie, “l’occupation propre” d’Haïti après le tremblement de terre ou les manoeuvres militaires dans la mer caribéenne [4].

Villalta a instamment prié les députés de la majorité de lire les journaux, de s’informer par Internet sur ce qui se déroule dans la région, et il les a défiés à plusieurs occasions d’en débattre, mais à chaque fois la réponse a été le silence.

Villalta leur a également offert une partie de son temps [de parole] pour qu’ils justifient le vote, mais il n’a pas obtenu de réponse ni du PLN ni du ML.

Ensuite, le député Fishman a rappelé à l’assemblé que c’est lui qui a signé cet accord pour la lutte contre le narcotrafic quand il était Ministre de la Sécurité Publique il y a une décennie et qu’il a proposé de le modifier et de l’adapter aux nouvelles réalités.

De plus, il a lancé un appel auprès des députés de la "majorité mécanique" afin qu’ils discutent et débattent de cela, sans succès. Au contraire il a reçu en retour des gestes et des sourires de moquerie à cause de sa position.

Fishman a accusé le PLN et le ML “de domination et d’orgueil, car cela n’amène à rien”, et il a demandé “le respect de la Souveraineté Nationale, de la légalité”.

Il a aussi indiqué que dans les prochains jours plusieurs députés vont poser un recours de protection, puisque la présence de navires de guerre, d’avions, d’hélicoptères et de presque 8000 militaires étrangers sur le sol costaricain viole l’accord signé il y a dix ans.

Fishman suit lavis de Villalta, pour lequel donner cette autorisation d’entrée aux troupes américaines “c’est comme donner un chèque en blanc. Nous ne pouvons pas être les acteurs de cet acte illégal, nous ne permettrons pas que l’on casse la Constitution Politique”.

Finalement, Villalta a accusé les députés qui voteraient cette autorisation malgré l’illégalité qu’elle entraîne “de moutons“.


Source : "Costa Rica da vía libre a militares de la marina de Estados Unidos"
Traduction : Primitivi

Notes

[1] C’est la plus grosse flotte étsunienne déployée dans les environs depuis l’indépendance du Costa Rica en 1821

[2] Alors que l’accord signé il y a dix ans stipule bien que tout élément d’intervention étasunienne doit être civil et policier, que ce soit en hommes, en matériel ou en logistique.

[3] Ces conditions ressemble à s’y méprendre à celles imposées à des pays comme l’Irak, le Soudan ou l’Afghanistan.

[4] Ici il est tout à fait logique de penser à la pression que les USA mettent sur des pays à fortes ressources naturelles et aux présences politiques gênantes comme Cuba, le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur, mais également au géant brésilien qui tend à prendre son indépendance et à vouloir jouer la carte de la superpuissance régionale.

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