Accueil > infos > RELAIS D’INFOS > AMERIQUE LATINE > Honduras : un officier révèle la feuille de (...)

Honduras : un officier révèle la feuille de route de l’armée

lundi 1er mars 2010, par Primitivi

Mission : Décapiter la direction de la résistance populaire du Honduras, pour effrayer le reste du peuple.

Le témoignage d’un officier de l’armée en désaccord avec le régime actuel a été publié sur la liste de diffusion FIAN-Honduras. Ce dernier énumère les différentes missions qu’ont reçu l’armée et la police hondurienne. Missions que l’on soupçonnait déjà largement, mais que le témoignage de cet officier vient renforcer. Il indique par contre d’autres faits particulièrement inquiétants : la formation de l’armée aux techniques anti-terroristes et son équipement en matériel d’espionnage perfectionné.

Nous n’avons aucun renseignement sur la provenance de ce matériel, mais suivant les informations des mois précédents, les pays soupçonnés de fournir de l’aide aux putschistes honduriens peuvent-être : Le Pérou, déjà incriminé pour avoir fournit du matériel anti-émeute après le putsch [4], la Colombie, incriminée pour avoir facilité l’arrivée de paramilitaires au Honduras [5], les États-Unis, à cause de la base US de Palmeroa implantée au coeur du pays, de leur soutien au putsch et du matériel technologique dernier cri dont ils disposent [6], Israël par l’intermédiaire du Mossad, pour sa proximité avec les États-Unis, son matériel d’espionnage performant et son implication dans les opérations de barbouzage.

Révélations d’un officier de l’armée hondurienne :

Au moment du coup d’État du 28 juin 2009, les acteurs du plus grand acte de corruption réalisé sur les terres honduriennes, pensaient le peuple se fatiguerait que quelques jours plus tard et que tout redeviendrait normal. Ils savaient que la population du Honduras, connue pour sa placidité, avait tendance à se plaindre puis finissait toujours par accepter son destin. Mais ces pronostiques se sont avérés complètement faux et la chaîne de réactions de lutte qu’engendra le coup d’État a entraîné la mise en place d’un front de résistance populaire.

Durant les premiers mois du coup d’État, la mission initiale des forces de l’ordre était la répression, les putschiste pensait qu’avec cela ils pourraient réussir à épuiser les manifestants et que la lutte finirait par s’éteindre d’elle-même. Les grands dirigeants militaires commencèrent à dessiner leurs stratégies pour vaincre le peuple rebelle qui semblait ne pas faiblir dans sa volonté de retour à l’ordre constitutionnel.

Pour contenir une masse de personnes qui était chaque fois plus grande, la deuxième phase de cette mission a été l’élaboration quelques mois avant la fin du régime de facto de listes de personnes qui :
- pouvaient devenir leader au sein des foules manifestant contre le putsch.
- étaient organisateurs, référents au sein des communautés, quartiers, colonies etc.
- des anciens leaders populaires.
- des leaders populaires des mouvements de travailleurs (que ce soit au niveau des entreprises privées ou publiques)
- des nouveaux leaders avec des idées populistes/socialistes/communistes et avec un haut pouvoir de pénétration et de persuasion dans les différents secteurs de la société.

Infiltrer les réseaux organisateurs du front hondurien de résistance, pour identifier les objectifs cités ci-dessus.
Après avoir déterminer les personnes que l’on nommera "objectifs" commence l’opération propreté, qui consiste en l’élimination systématique des objectifs précédemment énumérés dans chacune des listes qui constituent la base de l’opération.

Cette opération d’élimination de plusieurs leaders est actuellement en cours et elle continuera jusqu’à faire tomber le "monstre aux millions de têtes" [7], avec cette opération on espère que les autres gens vont prendre conscience qu’ils ne pourront pas lutter contre le régime qui s’est installé après le 28 juin. La finalité est d’effrayer les gens pour qu’ils s’arrêtent de lutter. [8]

L’armée du Honduras est maintenant dotée de toute un équipement d’espionnage, ainsi que de tactiques anti-terroristes qu’elle ne connaissait pas avant, et ce en plus de toutes les armes de guerre dont elle dispose déjà pour contrecarrer toute action insurgée. La seule chose qui manque à l’armée du Honduras c’est le nombre d’hommes, elle manque de personnel pour agir contre les petits groupes de la résistance.

A cause de tout cela le combat actuel est individuel, et sélectif, cela a très bien fonctionné durant les années 80 lors de l’élimination des leaders de la résistance de l’époque.

Cette mission cherche uniquement à éliminer les principaux leaders, disséminés sur tout le territoire hondurien pour contenir la croissance du "monstre aux millions de têtes", elle cherche à effrayer brièvement le peuple, à diffuser la peur au sein de toute la population. La mission est en cours et continuera jusqu’à ce que toute menace contre le régime ait été éliminée.

Après avoir entendu tout cela de la bouche de l’officier, ce dernier a tenu à manifester son désaccord avec ces opérations d’anti-résistance populaire, mais indique qu’il ne peut pas faire grand-chose pour arrêter ce quilombo [9], par contre il indique ce qui suit :

1. Des militaires et des policiers s’infiltrent dans les organisations populaires pour réaliser cette mission.

2. Les personnes qui sont mortes début 2010, ont été des objectifs préalablement sélectionnés et il en manque beaucoup d’autres. Le FNRP a sélectionné des lieux spécifiques pour ses réunions d’organisation, ces lieux ont déjà été identifiés par le régime.

3. Le réseau de diffusion FIAN et les sites web de la résistance ont été aussi infiltré par les corps de sécurité du régime, des personnes surveillent 24 h sur 24 le réseau FIAN et les sites de la résistance.

5. Les corps de sécurité du régime reçoivent une formation et une supervision continues de la part de formateur anti-terroriste internationaux (des mercenaires).

Ce que l’officier recommande :

1. Changer ses manières d’agir et bien que cela semble paranoïaque regarder si l’on est suivi.

2. Quand se déroulent des réunions de la résistance, les faire avec des petits groupes et dans des lieux publics (centre commercial, restaurant, cafétéria) afin d’éviter d’éveiller les soupçons.

3. Si l’on entend un vide sur un portable ou un téléphone fixe, cela peut signifier que la ligne est sur écoute, changer alors de téléphone pour prendre une carte pré-payées ou une autre ligne au nom d’un parent ou d’une autre personne.

4. Pour les réunions, il recommande de ne pas donner toute l’information à un même groupe, de communiquer une partie de l’information à chaque groupe, de cette manière si un membre est capturé et qu’il cède lors de l’interrogatoire, il ne pourra tout révéler puisqu’il n’a pas la totalité de l’information en sa possession.

5. Aux leaders et à leurs familles, de chercher un garde privé auprès de sources dignes de confiance (garde du corps) ou dans le pire des cas se déplacer armé.

6. Bien que la résistance ait mentionné être un mouvement social pacifique, l’officier pense qu’ils ne pourront vaincre ce régime s’ils continuent avec cette doctrine puisque le régime n’aura aucun scrupule à commettre des crimes pour défendre sa position (il l’a déjà démontré)

7. La seule manière qu’a ce peuple en résistance pour vaincre le régime c’est d’abolir l’armée, mais pour en arriver là il faut avant tout vaincre le régime.

8. Ils ne pourront pas vaincre le régime avec des élections : le pouvoir, l’argent et l’ambition du groupe qui est au pouvoir sont plus grands que toute fête électorale, le peuple doit prendre les armes et éliminer systématiquement les personnes clefs (les leaders) qui appuient le régime.

9. Le peuple organisé et armé est plus fort que le régime et ses leaders, le pari du régime est d’empêcher ce précédent (c’est sa vraie crainte).

10. Une autre option que le peuple a est de persuader d’autres officier en désaccord avec le régime (s’ils existent) pour qu’ils reprennent le pouvoir (golpe des barracas [10]) et mettent à genoux les entrepreneurs qui sont derrière toute cette corruption. Ils devront être assez sage pour sélectionner des officiers honnêtes et impliqués dans le destin du peuple.

[NDT : Puisque nous sommes aussi lu au Honduras et comme l’armée hondurienne a reçu du matériel d’espionnage performant, il est recommandé à la population en résistance et autres sympathisants d’utiliser une navigation internet anonymisée (TOR) et de communiquer par emails cryptés (PGP) ou via des comptes mail jetables.]

Source : FIAN-Honduras par email retrouvé sur Vos El Soberano
"Mision : Descabezar a la dirigencia Popular de Honduras, para atemorizar al resto del pueblo"
Traduction : Primitivi

Notes

[3Voir dans ce cas précis la 3° vidéo avec le LRAD (Large Range Audio Device) "vidéos brutalité, attaque sonore, etc."

[6Voir dans ce cas précis la 3° vidéo avec le LRAD (Large Range Audio Device) "vidéos brutalité, attaque sonore, etc."

[7Il semble que dans le récit de l’officier le "monstre aux millions de têtes" représente la population en révolte.

[8Répandre la peur, tactique de la Bataille d’Alger, des dictatures "made in School of Americas" et actuellement, de la Colombie dans les campagnes.

[9Quilombo : merdier

[10"golpe de barracas" : textuellement "coup des baraquements", coup d’état réalisés par les simples soldats

1 Message

  • Est-ce qu’il ne serait pas possible de lancer une campagne internationale pour la punition des crimes commis au Honduras et en Colombie, comme on l’a fait pour Gaza, en vue d’obtenir la saisie de la cour pénale internationale ?
    Même si l’on n’obtient pas cette saisie, cela permettrait au moins de sensibiliser l’opinion à ce qui se passe dans ces deux pays.

Tous droits réservés | Thème par Reno Primitivi | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0