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Haïti : Naomi Klein, les arrêter avant qu’ils imposent le ’choc’ encore une fois

mercredi 20 janvier 2010, par Primitivi

Une intervention de Naomi Klein jeudi 14 janvier, dans le programme d’Amy Goodman de Democracy Now !, sur les événements d’Haïti et sur ceux qui tirent déjà profit de cette tragédie.

Amy Goodman :
retournons à Naomi Klein. Son commentaire sur ce qui se passe actuellement en Haïti et qui en profite déjà.

Naomie Klein :
Comme je l’ai écrit dans "The Shock Doctrine" ("La doctrine du choc"), ils profitent des crises comme prétexte pour imposer les politiques qu’ils ne peuvent pas mettre en place dans des conditions de stabilité. Durant les périodes de crises extrêmes, les peuples sont assez désespérés pour recevoir une aide humanitaire de toute nature, toute forme de financement, et ils ne se trouvent pas dans une position favorable pour négocier les conditions de cette aide.

Je veux juste faire une petite pause pour lire un document extraordinaire. Je viens juste de le publier sur mon site web [NDT :naomiklein.org]. Le titre est "Haïti : les arrêter avant qu’ils imposent le ’choc’ encore une fois". L’information dont je parle étaient présente il y a encore quelques heures sur le site de l’Heritage Foundation (l’un "think-tank" de l’élite de la classe dominante américaine qui formule les politiques et les idéologies mises en application par les gouvernements US).

"Au milieu de la souffrance, la crise en Haïti offre des opportunités aux États-Unis. En plus de fournir une aide humanitaire immédiate, la réponse des États-Unis face au tragique tremblement de terre donne l’occasion, en plus d’améliorer l’image des États-Unis dans cette région, de restructurer le gouvernement et l’économie d’Haïti qui sont en dysfonctionnement depuis un certain temps". Et le document continue...

Maintenant, je ne sais pas si les choses sont entrain de s’améliorer ou non, parce que ça a demandé 13 jours à l’Heritage Foundation pour sortir 32 propositions néolibérales pour l’ouragan Katrina. Nous avons publié également ce document là sur notre site web. Leurs propositions pour les victimes de la Nouvelle-Orléans étaient d’arrêter les projets de logements publics, de transformer la côte du Golfe du Mexique en une zone franche et de se débarrasser du droit du travail qui oblige les entrepreneurs à payer un salaire minimum à leurs employées. Super, alors cela leur a pris 13 jours avant qu’ils ne fassent cela dans le cas de Katrina. Pour le cas d’Haïti il n’ont même pas attendu 24 heures.

Maintenant, pourquoi je dis que ’je ne sais pas s’ils améliorent les choses’ parce il y a deux heures ils ont enlevé ce document de leur site web. Alors quelqu’un a dû leur dire que ça n’était pas correct. Alors ils ont mis un document beaucoup plus sensible. Heureusement, les journalistes de Democracy Now ! ont réussi à découvrir le précédent document dans le cache de Google. Mais ce que vous trouverez maintenant est beaucoup plus doux "Ce dont il faut tenir compte pendant que nous aidons Haïti" ["Things to Remember While Helping Haiti"]. Et plus bas, il est dit "Pour la démocratie haïtienne et son économie les réformes sur le long terme sont aussi très en retard".

Mais le point important est que nous devons nous assurer que l’aide qui va en Haïti est un don, pas un prêt. C’est absolument crucial. C’est un pays qui est déjà lourdement endetté. C’est un désastre qui, comme le disait Amy, d’un côté est naturel, le tremblement de terre, et d’un autre côté créé, accentué par la pauvreté dans laquelle nos gouvernements ont aidé Haïti à plonger. Les crises, les catastrophes naturelles sont pires dans les pays comme Haïti, par exemple, parce qu’il y a une forte érosion du sol parce que la pauvreté pousse les gens à construire de manière très, très précaire, alors les maisons glissent parce qu’elles sont construites dans des endroits où elles ne devraient pas. Tout ceci est interconnecté. Mais il doit être absolument clair que cette tragédie, qui est en partie naturelle, en partie non-naturelle, ne doit, sous aucune circonstance, être utilisé, un, pour endetter Haïti et deux, pour pousser les intérêts de nos compagnies au travers de politiques corporatistes impopulaires. Et ceci n’est pas une théorie de la conspiration. Ils font cela encore et encore.


Source : Democracy Now ! Naomi Klein Issues Haiti Disaster Capitalism Alert : Stop Them Before They Shock Again
Traduction : Primitivi

10 Messages de forum

  • Juste comme ça (merci pour cet article !) :

    « Les arrêter avant qu’ils imposent le ’choc’ encore une fois »

    Ou

    « Arrêtez-les avant qu’ils imposent le ’choc’ encore une fois »

    plutôt que

    « les arrêtez avant qu’ils imposent le ’choc’ encore une fois »

    Autrement, oui, Naomi Klein tape juste une fois de plus. Rien là de conspirationniste, c’est bien « leur » stratégie, oui.

  • Oui cette crise offre une opportunité aux Etats-unis et c’est tant mieux. C’est très bien ainsi si les Etats-unis peuvent aider, puis contrôler et reconstruire le pays de zero. Haiti était déjà avant cette catastrophe un centre de misère, désespoir et violence...

    Alors oui les US y trouvent sans doute un intérêt stratégique. C’est peut être pas si mal. Ceux sont aussi les seuls capables de réorganiser cette opération avec une telle ampleur. Et c’est tellement français aussi cette réaction anti américaine qui lentement mais sûrement est en train de faire surface dans les médias

    Voir en ligne : http://franceisrael.blogspot.com

    • Merci d’avoir traduit et mis en ligne cette information. C’est intéressant d’avoir ce point de vue américain sur une affaire américaine (qui plus est celui de Naomi Klein, personnage respectable).

      Pour répondre à Alain Eskenazi, la réaction de Klein n’est pas bêtement anti-américaine (il se trouve qu’elle est américaine, ou canadienne plus précisément).
      Ca fait déjà bien longtemps qu’Haïti est la chasse gardée des américains, qu’ils y financent les troubles qui les arrangent et mettent au pouvoir le pantin qui leur plaît.
      La France fait ça très bien en Afrique depuis la décolonisation, et les Américains font ça très bien en Amérique du Sud ou dans les Antilles.
      C’est historiquement avéré que toute puissance régionale se tisse son petit territoire d’influence en foutant le bronx chez ses voisins. Alors les américains (qui sont LA puissance mondiale), je vois pas pourquoi ils se feraient chier...
      Arrêtons donc la naïveté, ou le cynisme dans votre cas Mr Eskenazi (au vu de votre blog), concernant les américains. J’ai de nombreux amis américains, parce que je m’adresse avant tout aux individus quand il s’agit de respect, mais le pouvoir américain est plus que pourri. Et les américains cultivés seront les premiers à vous le dire. Un ami américain me disait à propos d’Obama : "C’est comme mettre un noir à la tête du Klu Klux Klan". Sous entendu, aussi cool puisse-t-il être, il ne pourra pas faire grand chose. C’est ce qu’on voit aujourd’hui...

    • oui, bien sùr, ils viennent comme les gendarmes du monde et s’imposent comme d’hab. D’ailleurs, finalement s’ils sont allés en Irak "chercher des armes fatales", ils est normal qu’ils se payent sur ce pays qu’ils ont réduit au néant... Il n’y a que certains "amis des usa" qui pensent ça. Les états unis ne changeront jamais. Je sens qu’il va y avoir à reconstruire en amérique latine

  • Il s’agit d’un grand poteau que vous avez écrit. Avoir cette information se révélera très utile pour l’avenir. Merci.

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